EMMATARZIST Dessine-moi un Avenir
Pour Vous c'est peu, pour Nous c'est beaucoup, pour Eux c'est essentiel.
LES ENFANTS DE LA RUE
Les enfants de la rue prennent de l'ampleur dans notre pays. Ces enfants ont entre 5 et 16 ans, dorment sur des cartons, sans que personne ne prête attention à eux, vivant de la mendicité ou de petits métiers.
C'est la situation des enfants de la rue.
La majorité de ses enfants sont des garçons. Les filles sont moins visibles dans la rue, car elles sont moins aventureuses et hésitent à quitter leurs domiciles même avec de mauvaises conditions de vie. On peut aussi les trouver à travailler comme domestique, ouvrière dans des ateliers clandestins, ou comme prostituées dans des établissements spécialisés.
Riyad, S.D.F. À huit ans
On a toujours eu une fausse idée sur ces enfants, mais sur le terrain, la réalité est toute autre. En s'approchant d'eux, on a ouvert un monde plein de souffrances. A chacun son histoire. Un seul enfant a attiré notre attention. Il était le moins âgé. Il s'appelle Riyad. Un charmant garçon au visage innocent, intelligent, et surtout éduqué.
L'histoire de Riyad est particulière, il est issu de parents divorcés. Nous l'avons rencontré aux alentours d'un quartier à Boudouaou. Il faisait nuit, environ vingt deux heures, dans un parking. Riyad s'apprêtait à rejoindre son lit de fortune, un vieux fourgon que le propriétaire a accepté de lui laisser ouvert la nuit.
Au début, il a eu peur et a hésité à raconter ses déboires, petit à petit, nous avons gagné sa confiance et avons sympathisé avec lui, il a accepté de nous parler et de nous vider ce qu'il avait sur son coeur : « je m'appelle Riyad, j'ai douze ans. J'habitais Keddara ; un petit village situé près de la commune de Boudouaou.
Maintenant, je vis, depuis quatre ans tout seul, dans ces rues, suite à la rupture entre mes parents divorcés. Les premiers temps, je vivais avec ma mère et mes deux frères. Mon père, qui était mécanicien, a refait sa vie et il a eu trois autres enfants avec sa femme et il nous a totalement négligés.
Après le divorce, ma mère s'est débrouillée pour décrocher un job et nous nourrir, mais, à chaque fin de journée, elle rentrait épuisée et pour n'importe qu'elle raison, elle commençait à crier et me tabassait avec n'importe quel objet. Elle mettait du feu dans mes habits. Elle me brûlait la langue avec une fourchette très chaude...
Un jour, elle a essayé de me brûler, en mettant du feu à mon pull. Heureusement, j'ai pu fuir et rejoindre mon père. Ce dernier avait déposé plainte à la Gendarmerie qui l'avait tout de suite arrêtée pour coups et blessures. Elle a écopé de six mois de prison.. Et depuis ma mère me déteste.
Ne supportant plus la situation, j'ai dû quitter la maison à l'âge de huit ans, vu que ma vie était en danger auprès de ma mère ».
Entendant tout cela, nous n'avons pu nous empêcher de verser quelques larmes. Riyad s'arrête un moment, il se remémore et éclate en sanglots : « j'étais un brillant élève. J'ai abandonné l'école car je n'avais aucune possibilité de poursuivre mes études.
Ma mère refusait que j'aille chez mon père de peur de ne plus bénéficier de la pension alimentaire sans se soucier de moi. Je représentais pour elle une charge en plus. ».
Riyad, une fois à la rue et livré à lui-même, passe ses journées et la moitié de ses nuits à chercher de la nourriture. « Il m'arrive des fois de récupérer des matériaux ferreux pour les revendre en contrepartie d'une petite somme d'argent. Heureusement qu'il existe des âmes charitables qui me proposent de l'aide à chaque fois et me donnent des conseils précieux afin d'éviter de sombrer dans la délinquance (la rogue, le tabac, le vol, l'agression... )».
L'expression de son visage, Riyad dégage une certaine rancoeur, cachée au fond de lui, envers sa mère au lieu de sentir l'amour et l'affection : « Je sens de la tristesse quand je vois des enfants de mon âge tout heureux en allant à l'école accompagnés de leurs parents moi... »
Les yeux pleins de larmes, Riyad ne cesse de se demander la raison de son existence : « Pourquoi m'a t-elle mis au monde puisqu'elle me déteste ? «On a quitté Riyad, avec une grand peine, afin de le laisser dormir en paix pour affronter une nouvelle journée et de nouvelles aventures.
était environ vingt trois heures. Son rêve de se trouver entouré de sa petite famille de retrouver la chaleur et l'amour perdu, de reprendre ses études, se réalisera-t-il un jour ?
Plusieurs d'autres Riyad vivent dans l'ombre, et sont exposés à toutes formes d'exploitation. Ils sont victimes de graves dangers qui leur sont souvent fatals. Les maladies, les accidents, l'indifférence, la violence, et les sévices sexuels sont le lot de leur quotidien. Un quotidien imposé par des adultes, sans doute plus forts qu'eux.
Leurs souffrances restent ignorées et leurs droits les plus élémentaires occultés.
D'autres enfants témoignent
Nous avons décidé de nous déplacer le lendemain à la ville de Boumerdès. A la plage, nous avons aperçu un groupe d'enfants. Nous nous sommes approchés d'eux afin de recueillir leurs témoignages.
Le contact était difficile, au début. Mais peu à peu, leurs langues commencaient à se délier.
Hamed, âgé de 15 ans, raconte : « Depuis que mes parents ont divorcé, j'ai été obligé de prendre en charge mes deux petites soeurs. Alors, je me suis retrouvé dans la rue à vendre des cigarettes, afin de ne pas ajouter d'autres dépenses à ma mère, déjà affaiblie par la maigre pension alimentaire, versée rarement par ailleurs, par mon père.
Donc, j'ai préféré abandonner mes études pour ne plus être une charge de plus ». Il s'arrête un petit moment, puis il continue en colère :
« Quand les grands n'assument pas leurs responsabilités, c'est les enfants qui payent toujours ».
Un autre enfant se dirige vers nous. Il voulait certainement parler. « Et moi, vous ne voulez pas m'interroger ? », a réclamé Saïd, avant de commencer à raconter son histoire avec la rue. « Moi, je m'appelle Saïd. J'ai 16 ans. Ma situation est très spéciale. Je dois rentrer très tard la nuit pour éviter tout contact avec mon père qui est tous les soirs soûl et agressif. Et c'est ma mère qui paye. Je ne supporte
plus de la voir pleurer. Donc, j'ai décidé de rejoindre la rue, et là, j'ai commencé à fumer et à me droguer pour oublier ma souffrance. Je sais que ce n'est pas bien pour ma santé mais Allah raleb » c'est plus fort que moi ».
Sur le chemin du retour, nous aurions bien voulu rencontrer au moins une fille. Mais apparemment, ce n'est pas évident. Les filles sont moins visibles. Et, comme par hasard, nous sommes tombés sur une fille qui avait l'air un peu bizarre. On s'est arrêté pour lui parler. Pas question de raconter sa propre histoire. Par contre, elle a accepté de parler d'une certaine Kenza, âgée de 9 ans.
« Depuis le décès de sa maman, Kenza vit avec sa grande soeur et son père. Ce dernier s'est remarié avec une méchante femme. C'était le début des souffrances de Kenza. Sa belle-mère la maltraitait. Elle la frappait. Elle la mettait dehors tout au long de la journée Elle ne pouvait pas se défendre. Ses études en pâtissaient, car elle ne pouvait plus réfléchir. Elle ne pensait qu'à fuguer et se débarrasser de sa belle-mère. Son père s'en foutait pas mal d'elle (elle et sa soeur). Kenza a décidé de s'enfuir. Elle était restée
dehors une semaine? C'est là que je l'ai rencontrée », a t-elle raconté sur une touche d'amertume. Et de poursuivre :
« Un jour, Kenza décide de rentrer à la maison. Malheureusement, le belle-mère n'était pas contente. Elle
l'a chassé de la maison. Kenza est sortie en courant. Et un camion, de passage, à mis fin à sa vie ».
La fille s'arrête puis continue : »Comme ça, Kenza a trouvé enfin la paix ».
Il est inadmissible que certains enfants n'aient d'autre choix que de vivre dans la rue sans protection,
livrés à la délinquance et survivant de mendicité.
Souffrant en silence